Notes: Le texte ci-dessous n’est pas libre de droits. Vous ne pouvez pas le reproduire, le citer, le diffuser sans autorisation expresse de son auteur. Ce texte n’est pas autobiographique.
Je ne vous lis plus. Je ne vous lis plus, vous qui m’étiez devenu familier par la force des choses, par la force de l’habitude, cette chienne qui me saisit à la cheville et ne veux plus lâcher. Il faut la frapper fort, la chasser à coups de pieds, lui faire violence, se faire violence, pour s’en débarrasser. Je ne vous lis plus, j’ai cessé de vous être fidèle, sans regret car on reste fidèle tant que cela a un sens, tant qu’il y a nécessité ou besoin ou envie, tant que l’autre, celui à qui l’on s’attache, a quelque chose à donner, quelque chose à partager, tant que l’autre, celui qu’on délaisse enfin, ne sait même plus prendre ce qu’on lui offre.

Je ne vous lis plus parce que vous ne m’apportiez plus rien, rien que du vide, du petit n’importe quoi, des éléments épars sans suite, des leitmotive* lassants et vains, des soupçons d’inepties, d’imbécilités, de vanités, de superficialités. Vous ne parliez que de vous, de votre univers étriqué, de vos choses, de vos possessions et projets de possessions, de votre univers qui se rétrécissait tandis que le mien s’ouvrait, s’épanouissait de plus en plus. Nos mouvements devinrent décalés, désorganisés, contraires, irréconciliables. Je vous ai quitté, j’ai quitté votre sphère malheureuse et aigrie, vos faux chagrins, vos tracas de petit bourgeois, vos préoccupations risibles. Je ne vous lis plus, je les lis eux, désormais, ces étrangers, ces visages inconnus qui peuplent des pages que je tourne avec tendresse. Je les choisis sages, démoniaques, tristes, envoûtants, sérieux, volages, timides et braves. Ils ont la force des êtres fragiles, ils sont entiers et multiples, ils sont présents et insaisissables. Vous aviez si bien su habiller mes attentes et peupler mes songes. Mais je ne vous lis plus, j’ai perdu l’habitude de vous.
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* un leitmotiv, des leitmotive – étrange pluriel qui nous vient de l’allemand
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3 Comments
heureusement que tu as la force de passer à autre chose quand vient le moment.
moi qui ai un look façon The Cure encore aujourd’hui parce que j’étais fan étant jeune.
quand on aime un jour on aime pour toujours. pan:
c’est toute la différence entre la blogosphère et la littérature, m’est avis. quand on a plus besoin de l’une, c’est qu’on est mûr pour l’autre, non?
michel > une photo, une photo !
fred > ce qui est sûr, c’est que la première ne saurait remplacer la seconde :-)