Le poisson-scorpion

“Si l’on savait à quoi l’on expose, on n’oserait jamais être vraiment heureux.”

poisson scorpion

Ecrivain voyageur, Nicolas Bouvier a parcouru les routes du monde, traînant dans ses sacs ses joies et son mal-être, sa solitude et ses joies. Dans le poisson-scorpion, on retrouve à Ceylan un Nicolas Bouvier, fièvreux, presque délirant, au bord de la folie à la fois douce et violente qui semble se dégager de la chaleur et de la moiteur de l’île. Après un long périple en Asie mineure, il traverse l’Inde pour venir s’échouer, comme un navire à la coque rouillée, rongée par le sel et trop malmenée par la houle, sur une île où – mais n’est-ce pas commun à tout séjour insulaire ? – il va vite devenir prisonnier. Prisonnier du temps qui passe, si lent sur cette terre indolente bouffée de végétation incontrôlée; prisonnier des fourmis, termites, crabes, cancrelats, lézards qui cohabitent dans la chambre miteuse, aux murs fissurés, où Bouvier écrit, écrit encore, malgré la fièvre et le mal qui lui grignote l’âme; prisonnier enfin des superstitions, de la magie noire, des fantômes qui circulent en terrain conquis, entre songe et réalité.

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Je ne saurais mieux rendre hommage à ce récit qu’en citant un des passages que je trouve particulièrement touchants (ils sont nombreux), même si, vous en conviendrez, on ne peut vraiment apprécier un texte que si on s’y plonge soi-même…

“On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. On s’en va loin des alibis ou des malédictions natales, et dans chaque ballot crasseux coltiné dans des salles d’attente archibondées, sur de petits quais de gare atterrants de chaleur et de misère, ce qu’on voit passer c’est son propre cercueil. Sans ce détachement et cette transparence, comment espérer faire voir ce qu’on a vu? Devenir reflet, écho, courant d’air, invité muet au petit bout de la table avant de piper mot.”

© photo originale Arne Kuilman

17 thoughts on “Le poisson-scorpion

  1. Je ne sais pas pourquoi mais NB j’ai toujours eu de la peine… il a toujours ce côté romancier hyper torturé qui ne me convient pas. Oui je sais la bl: naïve c’est pénible mais le voyage c’est tellement plus! Je dirai même c’est tellement autre chose que cette torture du corps et de l’esprit. J’ai lu 2 livres juste pour la beauté de son style mais ses bouquins me plombent le moral.

  2. les voyages de Bouvier sont autant des voyages intérieurs que des découvertes de pays exotiques. En revanche, je ne trouve pas qu’il soit triste à lire. Comme quoi, à chaque lecteur sa lecture (oui c’est con mais tu vois ce que je veux dire ?)

  3. Tout est question de proportions; la part intérieure est trop chargée pour mon côté léger et c’est vrai que de plus en plus j’ai besoin de lire des choses plus “digestes” (le premier qui parle du Voici je tape!). Ou c’est peut-être aussi qu’à 18 ans on a pas toute la maturité pour lire ça… je vais peut-être retenter le coup ces vacances car encore une fois j’aime son style.

  4. je peux te passer les Chemins du Halla San, assez court et léger, si tu veux

    ou alors tu peux lire du Marc Lévy pan:

  5. Hem hem maintenant que je me suis remise de cette attaque sournoise et perfide; je ne le connais pas celui là, les chemins bidule; il est sorti quand? J’ai lu le poisson-scorpion et journal d’aran et d’autres lieux (je crois que c’est ça le titre). Bon bref volontiers. :-)

  6. Les chemins du Halla San, c’est tiré du Journal d’Aran et d’autres lieux. Sinon j’ai aussi Chronique japonaise, mais j’ai pas encore lu.

  7. il y a le fantastique – l’usage du monde – balade en voiture depuis genève jusqu’en afghanistan via turquie iran etc..
    pas du tout le voyageur torturé mais plutôt le routard débrouillard qui nous fait vivre une aventure remarquable et une fantastique leçon de vivre sans aucun préjugé sur les populations rencontrées
    par contre j’ai commencé le poisson scorpion mais j’ai abandonné en cours, le surplace m’a lassé

  8. Mon père a voyagé une fois à travers la Chine avec Nicolas Bouvier, lorsque celui-ci n’était pas encore connu. Il m’a transmis la passion pour cet écrivain merveilleux. Grâce à ses livres, même étant étudiante j’ai la possibilité de voyager. Il arrive à nous faire ressentir toutes ses émotions, ses peurs, sa solitude, ses joies… un écrivain d’une pureté incroyable.
    Sa manière d’écrire me laisse rêver au monde.

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