“Vivre sans lire, ce serait toujours vivre. Mais comme un corps sans âme. Comme un arbre sans la sève et le vent. Car la lecture nous fait accéder à une autre dimension de la vie humaine, à ce que le philosophe tchèque Jan Patocka appelle “le souci de l’âme”. Pas du tout dans un sens religieux: ce n’est pas le souci du salut, la préoccupation de l’au-delà. Ce souci de l’âme, c’est la voix en nous, têtue, obstinée, qui dit que le destin de l’homme n’est pas d’être riche, d’asservir ou de dominer. Qui dit que la “vie bonne” est nécessairement autre chose que la quête d’une “bonne vie”; que l’”entretien de la vie” ne peut réaliser la vocation proprement humaine de l’existence.”
Danièle Sallenave, in Quel avenir pour les pratiques de lecture ? (débat, Le Magazine Littéraire, février 2009).
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8 Comments
Vivre sans lire, j’ai d’abord eu un choc avant de jeter un œil sur la suite. Un sursaut d’effroi. Je me suis demandé si on pouvait vivre sans lire : vivre sans lire est-il vraiment toujours vivre ? Je manque d’empathie pour comprendre ceux qui arrivent à commettre cet exploit, ceux qui s’en gargarisent même : l’existence reptilienne, la non-découverte, l’absence de curiosité.
Faut reconnaître que la manchette du Matin gluant de ce matin ne nous enjoint pas trop à sa lecture (Elle a les plus gros seins du monde ! Hurle l’Orange avec un filet de bave à la commissure des lèvres) Mais pour le reste, pour ce souci de l’âme, pour s’émerveiller de tout en arrivant à se retirer du monde dans la bulle de papier. Bon, je vais aller chercher Le magazine littéraire en bravant les éléments.
Quand on parle de lire, on parle de livres pas du journal quotidien ou bien ?
Il y a quand même une différence entre lire Belle du Seigneur ou la tribune de Genève, ou bien lire c’est un ensemble qui englobe ces 2 différences.
Parce que pour cet exemple, certains ne lisent jamais et d’autres tous les jours.
Jrom > étrangement, je ne vais pas aller braver les éléments pour aller chercher le Matin…
Michel > dans le contexte précis de l’article que j’ai cité, il s’agit de lecture de livres (romans, essais, etc.). L’article cite notamment Proust, qui disait: “Tant que la lecture est pour nous l’initiatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n’aurions pas su pénétrer, son rôle dans notre vie est salutaire”. Alors je ne sais pas si la Tribune de Genève est capable d’ouvrir des portes au fond de nous-mêmes, mais tout est possible :-)
Je le reconnais : pour aller chercher le Matin Gluant , il faut non seulement braver les éléments naturels ; mais également le bon goût, le respect, l’intelligence, la vie, l’humour et plein d’autres trucs essentiels.
alors si il s’agit que de livres, et bien je connais beaucoup de gens pour qui lire un livre c’est perdre son temps et surtout une activité solitaire.
c’est marrant ce que tu dis Michel, parce qu’il y a quelques temps j’avais lu les résultats d’un sondage qui demandait aux gens à quoi ils consacraient leur temps libre et la lecture entrait dans la catégorie “ne rien faire” et je trouve que c’est assez rigolo de constater que certaines personnes estiment que lire un roman, c’est davantage perdre son temps que regarder une connerie comme (allez, au hasard, y en a tellement) “A prendre ou à laisser” sur tf1. Mais c’est un fait: de nos jours, “lire un livre” est synonyme de “rien foutre”. Rahlala, quelle tristesse !
Jrom > le Matin Gluant, j’aime bien ce nom :-)
Je suppose que si je n’avais rien à lire, j’écrirais plus…