Le vide et l’ennui

une rue de Carouge

“Une minute au cinéma semble très longue quand il n’y a pas de personnage. Les gens ont peur du vide. Alors que ce n’est pas du tout ennuyeux de voir une photo vide. Je trouve que c’est une façon très forte de voir la présence de l’être humain.”

En relisant ces mots de Raymond Depardon, dans Errance, je comprends que ce dont les gens ont surtout peur, c’est de l’ennui. L’ennui c’est l’immobilité et l’immobilité c’est la mort, CQFD, emballez, c’est pesé. Voilà ce avec quoi on nous bassine depuis que quelqu’un a remis à la mode l’expression “carpe diem” (encore la faute au Cercle des poètes disparus – vraiment je déteste ce film): il faut profiter à donf du jour présent, courir partout, avoir et voir tout tout de suite, faire 8000 choses dans la semaine et ne surtout pas perdre une minute de son temps.

Je crois qu’on confond trop souvent “perdre son temps” et “prendre son temps”.

C’est pour ça qu’une Marguerite Duras est jugée ennuyeuse, que ses romans sont prétendument chiants, trop lents, il ne s’y passe rien, etc. Il en va de même pour certains cinéastes et certains films (oui, je sais, vous m’objecterez que je suis sortie de la salle avant la fin de There will be blood parce que je trouvais ça trop chiant et qu’il ne s’y passait rien, mais je vous crotte, parce que c’est plus compliqué que ça). Je pense que les personnes qui ont sans cesse besoin de stimuli extérieurs pour se sentir vivantes sont des personnes qui ont une vie intérieure plutôt pauvre et qui ont peur de s’ennuyer avec elles-mêmes.

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9 Comments

  1. Je trouve cette version de ton blog très foisonnante, très pleine de pensées profondes qui semblent être tes préoccupations et je trouve ça génial. J’ai l’impression que tu as repris ton souffle avec cette absence.

    Posted 15.09.08 at 13:57 | Permalink
  2. j’ai repris mon souffle, mais les commentateurs sont toujours absents…

    Posted 15.09.08 at 16:52 | Permalink
  3. helene

    même si je ne laisse jamais de commentaires ou très rarement je tiens à vous féliciter pour votre blog qui est toujours très plaisant à lire et enrichissant , d’ailleurs je lis très régulièrement le votre et celui de Romuald !(:

    Posted 15.09.08 at 17:24 | Permalink
  4. Tu vois, tes fans sont là en sous-marin :)
    We all live in a yellow submarine !!!!!!!!!!!!
    Yellow submarine, yellow submarine !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    :D

    Posted 16.09.08 at 14:56 | Permalink
  5. helene > merci en tout cas de vos visites, même silencieuses

    Romuald > tant que c’est pas l’agent orange ;-)

    Posted 16.09.08 at 15:14 | Permalink
  6. Eric

    Hello Fafa,

    Perso, le cercle des poètes disparus, je l’ai vu, j’étais ado et oui, j’ai surtout retenu “Oh Captain’, my Captain’ ” et justement “Carpe diem”. Alors c’est vrai, pendant longtemps j’ai gardé cette petite phrase en tête en me disant que je devais essayer de suivre ce principe.
    Et puis je l’ai abandonnée, car trop utilisée je trouvais qu’elle se vidait de son sens.

    Tu parles de “prendre son temps” au lieu de “perdre son temps”.
    C’est tellement juste.

    En effet, j’ai souvent eu peur de perdre le mien ; je suis de nature active, alors oui, je profite ; je profite car, je me dis que la vie est courte. J’ai 30 ans et ai parfois l’impression que je n’aurais pas le temps de tout faire et de tout découvrir d’ici la fin.
    Oui, c’est absurde, oui il n’y a aucun devoir mais c’est ainsi.
    Les mauvaises habitudes ont la vie rude.

    Vivre en accord avec soi-même, n’est-ce pas le plus beau et le plus difficile des challenges que nous ayons à relever ? (désolé, j’ai dit nous dans un sens général, j’aurais peut-être dû dire je)

    Petit à petit, je prends davantage mon temps, je m’écoute (ou j’essaye) ; j’apprends aussi à m’ennuyer. Je crois que je cherche à “déremplir” ma vie de ce superflu qui m’éloigne de ce qui m’est essentiel.

    Il est joli ce mot… essentiel…
    Eh bien, tout ça, c’est pas facile.
    Biz, Eric

    P.S. : je te trouve dure sur ta dernière phrase

    Posted 16.09.08 at 15:20 | Permalink
  7. Je n’ai pas voulu dire que c’était mal de vouloir faire plein de choses. J’admire la curiosité de ceux qui veulent en savoir et en voir plus. Dans ma dernière phrase, je veux parler des personnes qui ont tellement peur d’être confrontées à elles-mêmes qu’elles s’éparpillent et papillonnent en tout sens – je trouve ces personnes superficielles. Je reconnais que je suis un peu sèche dans ma formulation :-)

    Posted 16.09.08 at 15:37 | Permalink
  8. Eric

    Je comprends mieux.
    :o)

    Posted 16.09.08 at 15:41 | Permalink
  9. Elle est revenue ; le vide et l’ennui c’était de pas pouvoir lire ce blogue.
    N’empêche que je préfère Thoreau à Duras, mais ça n’engage que moi et ce n’est relatif qu’a l’appel lointain… je m’égare.
    Il me semble que certains ont peur de ne pas avoir profité de chaque instant, sans pour autant savoir si ce qui a occupé cet instant avait une quelconque valeur. J’en profite pour dire que j’adore regarder de très loin ceux qui ont des agendas de directeurs de banque Nouillorquais et qui ont perdu la spontanéité du « plat de spaghettis » improvisé parce qu’aucun créneau n’était disponible.

    Posted 17.09.08 at 08:53 | Permalink

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